Savoir dire merci

Le manque de reconnaissance des salariés est un constant répandu dans le monde du travail. Il ne s’agit pas de salaire ou de promotion mais la plupart du temps tout simplement d’encouragements et de reconnaissance du travail bien fait, des compétences ou de la place dans une équipe. Les gens souffrent de ne pas se sentir reconnus au travail. Certains peuvent en mourir. En effet, savoir dire « merci » manque cruellement dans nombre d’entreprises et d’organisations.

Qu’est ce qui empêche les gens de se dire merci, de façon authentique ? Serait-ce pour certains, la difficulté d’être dans l’empathie, de se livrer ? Pour d’autres, s’agirait-il d’un frein ou d’une autocensure, par peur  de s’exposer ou d’en dire trop ? Ou encore de la crainte d’être dans un phénomène de dépendance, une relation véritablement engageante ou en position d’infériorité ? Du coup, beaucoup considèrent qu’un travail réussi est un dû, que cela fait partie des prérequis, en échange d’un salaire à la fin du mois.

Dire merci est pourtant un acte essentiel, parmi les plus simples et les plus efficaces du manager : il installe la relation dans la bienveillance, il dissipe les malentendus ou les conflits éventuels et il réaffirme l’autorité. Cela permet de clore positivement un échange et d’impulser un élan vers un nouvel objectif. Enfin, en disant merci le manager valorise et encourage le collaborateur. Attentif à ses talents, il l’amène à progresser, voire se dépasser.

Bien sûr, un « merci » n’a de valeur que s’il est incarné, authentique. Dire merci, c’est comme dire bonjour : c’est connaître et reconnaître la personne. C’est aussi inscrire la relation dans un cadre autre que celui du marché, dans un périmètre plus large, véritablement humain,  dans des conditions d’échange vertueux. Dans son Essai sur le don en 1923, Marcel Mauss se demandait quelle force dans la chose donnée fait que, lorsque l’on reçoit un cadeau, on a envie de répondre par un autre cadeau. Ainsi, dire merci suscite l’envie de rendre le plaisir procuré et de  recréer les conditions de cet échange vertueux.

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