Attendre d’en savoir assez pour agir en toute lumière, c’est se condamner à l’inaction.

Attendre d’en savoir assez pour agir en toute lumière, c’est se condamner à l’inaction.

Citation de Jean Rostand.
II est quatre heures du matin et, pour la troisième nuit consécutive, Paul cogite. Il doit encore poser des questions à ce chasseur de tête afin de recueillir des informations supplémentaires avant de se décider à passer à l’action.
Depuis que celui-ci l’a contacté pour lui proposer un poste qui correspond à l’opportunité qu’il attend, il a rappelé son interlocuteur à plusieurs reprises. En effet, malgré les renseignements obtenus, il lui semble que le paysage comporte encore des zones d’ombre. Sa décision est attendue, mais il souhaite d’autres éclaircissements : quelles seront les possibilités d’évolution après les années de pilotage du projet qu’il devra conduire  ? Pourra-t-il rencontrer les autres membres de l’équipe au-delà des personnes déjà vues ?
Il se lève, convaincu qu’il lui est pour l’instant impossible de s’engager, et bien décidé à rappeler une énième fois le chasseur de têtes pour en savoir davantage.
Comme Paul, bien des managers désirent connaître l’ensemble des paramètres avant d’agir.
Certes, avant d’aborder un cas difficile, il est sage de prendre du recul et de mettre en perspective les informations connues et les angles morts. Mais accepter une zone d’incertitude est une posture indispensable pour agir.

En effet, vouloir s’assurer que le chemin est parfaitement balisé avant de faire un pas procède d’une volonté de maîtrise totale qui est tout à fait irréaliste.
Car désormais les situations sont complexes. Il est illusoire de penser que l’on peut être éclairé sur toutes les dimensions d’un problème à résoudre ou d’une décision à prendre.
Aussi les managers sont-ils désormais attendus sur leurs capacités à décider en acceptant le risque (y compris celui de se tromper) et à lâcher prise en acceptant de ne pas tout savoir avant d’agir.

Comme Paul, qui n’en saura jamais assez pour se décider, certains managers  se condamnent ainsi à l’inaction par refus de l’incertitude.

Thierry Mollichon
Consultant senior

Image : Le Penseur de Rodin.

Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde

Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde

Citation de Gandhi.
Je me souviens de cette période où l’ambiance dans l’organisation n’était pas au beau fixe. Et pour cause : plus de 100 postes devaient être supprimés. Une partie de mon équipe et moi-même étaient notamment concernés. La morosité se manifestait déjà. Connaissant le délai incompressible de ce type de démarche, je m’inquiétais de devoir vivre dans ce climat pendant de nombreux mois.
Au-delà de la mise en place des mesures techniques d’accompagnement, notre employeur se souciait fort peu de ce que chacun ressentait. J’ai alors pris conscience de deux choses : d’abord, subissant une telle situation, on adopte souvent une posture négative. Par exemple, on a tendance à moins travailler sur des sujets qui pourtant nous font plaisir ou à supprimer les moments de convivialité établis jusqu’ici. C’est alors la « double peine ».
Deuxièmement, j’avais besoin d’empathie, d’échanges et de proximité.
Puis, je me suis posé la question : si je pouvais changer quelque chose, que ferais-je ? La réponse vint naturellement : je maintiendrais la notion de plaisir et je développerais des attitudes d’écoute vis-à-vis des autres. Alors oui, je pouvais changer quelque chose : tout simplement en adoptant le comportement que je désirais voir s’épanouir ! Et c’est ce qui advint : comme je devenais particulièrement disponible pour les uns, ces derniers se mirent à déployer de l’attention aux autres. En gardant les instants de convivialité malgré un futur incertain, l’ambiance restait bonne.
Essayez et vous verrez : si vous êtes prévenant et souriant, les autres vont le devenir. Si vous introduisez de la clarté dans vos propos, les autres seront plus clairs avec vous.
Ainsi, les managers doivent avoir en tête que :
1. L’exemple est un puissant vecteur de changement : s’ils incarnent au quotidien le changement qu’ils ont souhaité, cette exemplarité entraînera d’elle-même progressivement le changement de l’entourage.
2. Les grands basculements sont aussi composés de petits pas. A ce titre, ne sous-estimons pas l’impact que nous avons sur notre environnement immédiat. Car, comme un caillou jeté à l’eau dont les cercles concentriques se diffusent sur la surface, l’influence se propage…

Thierry Mollichon
Consultant senior chez Reor

Illustration de l’article : Prismes électriques, 1914, peinture de Sonia Delaunay.